EmiAl.. pourquoi Conter ?
Longtemps, comme Henri Gougaud… j'ai pensé que
"les histoires volent au-dessus des campagnes, des ports et des villes, comme choucas ou mouettes... Quand l'une d'elles trouve un homme qui lui plait, elle vient se percher sur son épaule… elle essaie de le séduire, elle lui agace l'oreille.. Alors l'homme la chasse.. ou la raconte.
S'il la chasse, elle s'inquiète, l'histoire, elle s'en va, elle erre ça et là... en danger de se perdre...
S'il la raconte, l'homme croit l'inventer, mais en fait… il se souvient et l'apprivoise...
Les histoires ont besoin de nous pour vivre. Sans la force que nous leur donnons pour un moment, elles seraient dans le ciel, comme des fumées… qui se diluent..."
Un musicien m’a cité la flûte en os de vautour des Pyrénées, découverte dans une très ancienne grotte (-20.000 ans). Un chercheur en neurosciences m'a déclaré que… les tombes intentionnelles, la forme du crâne évoluant pour abriter le site du langage dans le cerveau des hominidés, de nombreuses réalisations d'Art… témoigneraient de plus de 100 000 années de conscience de la Mort, du temps, de la vie, donc d’une pratique déjà supérieure du langage et de la narration…
Un scientifique joyeux et sceptique m'a fait observer que le siège du langage avancé ne signifiait pas pour autant que les hommes aient exercé cet Art de la Parole. Il maintient que le langage, la relation d'histoire racontée ne peut guère dater d'avant les villes les plus anciennes soit environ 10.000 ans...
Depuis il me semble qu'en fait les histoires (Contes, Légendes, Mythes) sortent juste d'une espèce de glaise de mots, que les hommes malaxent depuis des millénaires… pour en tirer des "sons" variés, magiques… répondant plus ou moins consciemment aux grandes interrogations que leur a posées la vie.
Selon l'habileté qu'ils en ont, en disant les histoires, certains hommes leur donnent vraiment vie : les Conteurs, ces Veilleurs de mots, Potiers d'histoires, qui façonnent une espèce de poterie de glaise de mots, qui sera chaque soir unique, riche de cette mémoire des cœurs et des bouches, éphémère de sa fraîcheur.
Et comme les Conteurs veillent à rester dans le "disant", comme ils se gardent bien de cuire les histoires à l'encre des livres, comme des poteries qui resteraient "crues", ces histoires s'affaissent doucement dans la mémoire des gens, à moins qu'un(e) autre ne dise à nouveau, ne reprenne le bâton de paroles, ne la refaçonne en une nouvelle et fraîche poterie de glaise de mots…
Et elles ont voyagé les histoires, d'un village ou d'un marché à l'autre, portées par les paroles… constituant cette base de la culture orale, de l’Orature comme la nomme le linguiste Claude Hagège.
J'ai la conviction que depuis les temps anciens, elles ont survécu ces histoires, elles ont échappé à l'extermination du XXe siècle, par une force propre, leur intemporalité qui fait leur efficacité... Comme le dit_Hampate_BA_"le Conte c’est un message d’hier, transmis aujourd’hui, destiné à demain, inutile, futile ... et indispensable !"
Certains querellent sur le respect absolu du texte "traditionnel", d'autres sur l'importance essentielle de replacer ces histoires anciennes dans le monde contemporain… Où sont les témoins premiers ?
D'autres disputent sur la modalité de "conter", en "liseur", en "diseur", en "narrateur" ou "en acteur" ? Mais chacun conte avec ce qu’il est.
Et surtout comme le dit_Sylvain_Rivière, Conteur en Gaspésie,
"Seul le conte permet de s'y retrouver, entre le début et la fin, le jeûne et la faim, la ripaille et la tripaille. Seul l'invraisemblable aide assez à vivre pour que l'on s'y accroche comme la misère au pauvre monde... des hivers durant, pour passer à travers de la vie..."
Bien sûr, "on" peut écrire des livres de textes, de techniques, d'expériences, et "on" peut les lire, et"on" peut débattre… Mais... Rien ... Jamais rien ne remplacera jamais ces petites perles de temps partagé :
les Contées.
"les histoires volent au-dessus des campagnes, des ports et des villes, comme choucas ou mouettes... Quand l'une d'elles trouve un homme qui lui plait, elle vient se percher sur son épaule… elle essaie de le séduire, elle lui agace l'oreille.. Alors l'homme la chasse.. ou la raconte.
S'il la chasse, elle s'inquiète, l'histoire, elle s'en va, elle erre ça et là... en danger de se perdre...
S'il la raconte, l'homme croit l'inventer, mais en fait… il se souvient et l'apprivoise...
Les histoires ont besoin de nous pour vivre. Sans la force que nous leur donnons pour un moment, elles seraient dans le ciel, comme des fumées… qui se diluent..."
Un musicien m’a cité la flûte en os de vautour des Pyrénées, découverte dans une très ancienne grotte (-20.000 ans). Un chercheur en neurosciences m'a déclaré que… les tombes intentionnelles, la forme du crâne évoluant pour abriter le site du langage dans le cerveau des hominidés, de nombreuses réalisations d'Art… témoigneraient de plus de 100 000 années de conscience de la Mort, du temps, de la vie, donc d’une pratique déjà supérieure du langage et de la narration…
Un scientifique joyeux et sceptique m'a fait observer que le siège du langage avancé ne signifiait pas pour autant que les hommes aient exercé cet Art de la Parole. Il maintient que le langage, la relation d'histoire racontée ne peut guère dater d'avant les villes les plus anciennes soit environ 10.000 ans...
Depuis il me semble qu'en fait les histoires (Contes, Légendes, Mythes) sortent juste d'une espèce de glaise de mots, que les hommes malaxent depuis des millénaires… pour en tirer des "sons" variés, magiques… répondant plus ou moins consciemment aux grandes interrogations que leur a posées la vie.
Selon l'habileté qu'ils en ont, en disant les histoires, certains hommes leur donnent vraiment vie : les Conteurs, ces Veilleurs de mots, Potiers d'histoires, qui façonnent une espèce de poterie de glaise de mots, qui sera chaque soir unique, riche de cette mémoire des cœurs et des bouches, éphémère de sa fraîcheur.
Et comme les Conteurs veillent à rester dans le "disant", comme ils se gardent bien de cuire les histoires à l'encre des livres, comme des poteries qui resteraient "crues", ces histoires s'affaissent doucement dans la mémoire des gens, à moins qu'un(e) autre ne dise à nouveau, ne reprenne le bâton de paroles, ne la refaçonne en une nouvelle et fraîche poterie de glaise de mots…
Et elles ont voyagé les histoires, d'un village ou d'un marché à l'autre, portées par les paroles… constituant cette base de la culture orale, de l’Orature comme la nomme le linguiste Claude Hagège.
J'ai la conviction que depuis les temps anciens, elles ont survécu ces histoires, elles ont échappé à l'extermination du XXe siècle, par une force propre, leur intemporalité qui fait leur efficacité... Comme le dit_Hampate_BA_"le Conte c’est un message d’hier, transmis aujourd’hui, destiné à demain, inutile, futile ... et indispensable !"
Certains querellent sur le respect absolu du texte "traditionnel", d'autres sur l'importance essentielle de replacer ces histoires anciennes dans le monde contemporain… Où sont les témoins premiers ?
D'autres disputent sur la modalité de "conter", en "liseur", en "diseur", en "narrateur" ou "en acteur" ? Mais chacun conte avec ce qu’il est.
Et surtout comme le dit_Sylvain_Rivière, Conteur en Gaspésie,
"Seul le conte permet de s'y retrouver, entre le début et la fin, le jeûne et la faim, la ripaille et la tripaille. Seul l'invraisemblable aide assez à vivre pour que l'on s'y accroche comme la misère au pauvre monde... des hivers durant, pour passer à travers de la vie..."
Bien sûr, "on" peut écrire des livres de textes, de techniques, d'expériences, et "on" peut les lire, et"on" peut débattre… Mais... Rien ... Jamais rien ne remplacera jamais ces petites perles de temps partagé :
les Contées.
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